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Plages privées, hôtels disparus et zone Natura 2000 : les contradictions du maire de Beaulieu-sur-Mer

septembre 6, 2026 Beaulieu sur Mer, News, Politique No Comments

Beaulieu-sur-Mer. Dans un entretien accordé à Nice-Matin le 6 septembre 2026, le maire Roger Roux, élu depuis 2001, plaide pour l’ouverture à l’année des plages privées de la commune et présente l’attractivité touristique comme une priorité. Le discours interroge dès lors que l’on se souvient que c’est précisément sous ses mandats successifs que Beaulieu-sur-Mer a perdu la quasi-totalité de son parc hôtelier, à commencer par l’emblématique Hôtel Métropole, et que la même municipalité laisse aujourd’hui prospérer, en bord de mer et en zone protégée, des établissements qui ne respectent pas leur cahier des charges.

Un maire qui cherche l’attractivité après avoir été inerte face à la fermeture d’hôtels

Dans les colonnes de Nice-Matin, le maire déplore que la commune ne compte presque plus d’hôtels et fait de la réouverture d’établissements hôteliers un objectif, notamment pour atteindre le seuil de chambres qui conditionne le classement en station de tourisme. L’argument se pare des couleurs de l’avenir. Il laisse pourtant dans l’ombre une vérité plus dérangeante : ce déclin hôtelier ne s’est pas produit contre la volonté de la municipalité, mais bel et bien sous les mandats de cette même municipalité.

Depuis les années 2000, des hôtels de Beaulieu-sur-Mer ont été transformés en copropriétés, ou laissés en l’état. Ce mouvement, largement porté par la flambée des prix de l’immobilier dans le « triangle d’or » Villefranche-sur-Mer, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu-sur-Mer, n’a – semble- t’il, jamais rencontré la résistance de l’autorité municipale.

Le cas le plus emblématique demeure celui de l’Hôtel Métropole, un des meilleurs établissement de luxe à cette époque  de la commune. Inauguré en 1892, racheté à partir de 2005 dans le cadre d’opérations menées par des investisseurs étrangers, l’établissement a cessé son activité hôtelière avant de fermer définitivement ses portes en tant qu’hôtel dans les années 2005/2010.. 

La Villa Eiffel voisine, ancienne propriété liée à la famille de Gustave Eiffel, transformée en hôtel-résidence, a connu un sort comparable, et est restée  inerte pendant des années. 

Derrière ces façades éteintes, un même effacement : la disparition de plusieurs centaines d’emplois, directs et indirects, dans une commune de moins de 4 000 habitants dont l’économie fiscale et commerciale est désormais entièrement tournée vers les résidents qu’il convient de protéger.

Mais dans la mesure où ce sont les résidents qui sont à l’origine d’une part très importante des finances de commune, quel est l’intérêt de cette nouvelle orientation pour les administrés de la commune, et quels sont les moyens mis en oeuvre pour respecter, ce que prévoient les textes , l’interdiction les nuisances sonores.

D’ailleurs, le Maire de Beaulieu-sur-Mer n’avait en aucun cas indiqué ces objectifs dans son programme électorale et à ce jour, malgré nos questions, il n’a pas été possible de connaître les objectifs financiers de cette fameuse « attractivité ». Mais les nuisances sont bien là certaines et constatées. Les retombées financières, elles ne sont pas établies, ni détectable pour la commune.

L’affaire Métropole

La fermeture, puis les projets de reconstruction du Métropole et de la Résidence Eiffel, ont déjà provoqué en leur temps un tollé qui a largement débordé les frontières de la commune.

 Des demandes de permis de construire déposées en mairie prévoyaient des modifications substantielles de l’ancien hôtel Métropole, et même – semble t’il- des appartements que l’on évoquait déjà dans la presse sur la base de prix au mètre carré vertigineux, et réservés à une clientèle fortunée.

Face à ce projet, plusieurs associations sont montées au front contre la spéculation foncière et immobilière et la « bétonisation » du littoral. 

Le débat public a nourri articles de presse, mobilisations locales et publications, jusqu’à cette question devenue le mot d’ordre du combat citoyen : « Faut-il détruire le Métropole ? ».

Dans ce dossier, la responsabilité de fond ne relève d’aucune fatalité économique. Elle relève d’un défaut de préservation. C’est la municipalité qui, dès les années 2000, n’a pas su protéger les établissements hôteliers de la commune, et avec eux les emplois et les recettes, tant pour l’État que pour la collectivité. 

Que le Maire, vante aujourd’hui des objectifs d’une attractivité aux contours indéfinies qui pourrait se faire  d’ailleurs au détriment des résidents et habitants qui paient des impôts locaux très importants et font vivre la commune. L’édile appelle au retour des hôtels, c’est passer sous silence que la perte de ce patrimoine hôtelier s’est jouée  quasiment en totalité depuis 2001, donc sous ses mandats.

Une « amnésie » qui inverse le sens des responsabilités

L’article du 6 septembre 2026 sur Nice-Matin illustre donc un curieux renversement de perspective, car  l’attractivité de Beaulieu-sur-Mer ne se nourrit pas de dérogations toujours plus larges accordées à des exploitations privées. 

Elle tient à un cadre exceptionnel et, singulièrement, à un espace maritime entre autres classé Natura 2000.

Or, sur ce terrain aussi, la position municipale se révèle difficilement tenable, car sans mémoire.Le site Natura 2000 et le maire, autorité du site qu’il devrait protéger. Le littoral berlugan est bordé par le site Natura 2000 « Cap Ferrat », zone spéciale de conservation référencée FR9301996 au titre de la directive européenne « Habitats, Faune, Flore ». 

Ce site marin de près de 9 000 hectares, désigné pour la richesse de ses habitats, herbiers de posidonies classés habitat prioritaire, récifs, grottes marines, s’étend limitrophe aux communes de Saint-Jean-Cap-Ferrat, Beaulieu-sur-Mer, Villefranche-sur-Mer, Èze. Et son comité de pilotage, l’instance qui oriente la conservation du site, est présidé par le maire de Beaulieu-sur-Mer. 

Autrement dit, Roger Roux exerce lui-même une autorité directe sur la préservation de l’espace naturel qui borde sa commune.

C’est cette double casquette qui rend la situation problématique. Le maire aime à se présenter comme une autorité soucieuse de l’environnement et respectueuse de la nature. 

Dans le même temps, la commune laisse se poursuivre l’exploitation d’établissements de plage qui, selon les constats de l’association Protection Littoral, portent atteinte à cet écosystème protégé.

Le cas de la Javanaise : une boîte de nuit sur une plage protégée

Parmi ces établissements, la Javanaise cristallise les critiques. L’association Protection Littoral constate « une mise en danger de l’écosystème et de rares espèces d’oiseaux », et pointe la contradiction d’un maire qui « veut à la fois se présenter comme une autorité indépendante et respectueuse de la nature » et, dans le même souffle, « souhaite poursuivre l’exploitation d’établissements comme la Javanaise», alors que cet établissement  ne respectent même pas leur cahier des charges en faisant boîte de nuit et en créant des tapages nocturnes à répétition avec de grande ampleur acoustique , hors-normes». Cela en opposition totale avec la protection de la faune, et la santé des habitants.

Sur le plan des faits, plusieurs éléments viennent étayer ce constat. Une concession de plage a un objet précis, la restauration et la baignade en saison, ce qui n’englobe nullement une activité de discothèque nocturne. De même, pour cet établissement, l’article indique un gérant qui ne semble par être celui présent sur le K-bis.

Une plage naturelle en zone Natura 2000 relève d’un régime de protection renforcé. Et les nuisances sonores répétées en front de mer frappent tout à la fois la faune du site protégé et la tranquillité des riverains, sur un secteur résidentiel dense.

Un discours dans le déni

Le raisonnement mis en avant par la municipalité mérite donc d’être retourné dans le bon sens. Ce ne sont ni la restriction de l’ouverture des plages privées, c’est le non respect des cahiers des charges de la Préfecture, et le refus  de protéger des nuisances sonores bruit menacent l’attractivité de Beaulieu-sur-Mer.

C’est au contraire tout cela qui la fonde : un littoral préservé, un espace naturel classé, un cadre de vie protégé.

À l’inverse, la véritable perte d’attractivité, celle qui a privé la commune de ses hôtels, de ses emplois et de recettes fiscales importantes, pour l’État comme pour la collectivité, s’est produite, elle, bien réellement, par la disparition, sous les mandats successifs du maire de la politique engagée depuis 2001, de la quasi-totalité du parc hôtelier berlugan, à commencer par le Métropole.

Les prochains articles : La saga du Métropole

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